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REMARQUES SUR UN CAS
DE NEVROSE OBSESSIONNELLE
(L’homme aux rats)

I – Fragment de l’histoire de la maladie
Un homme jeune encore, de formation universitaire, se présente chez moi et me raconte que, depuis son enfance, et particulièrement depuis 4 ans, il souffre d’obsessions. Il craint qu’il n’arrive quelque chose à deux personnes qui lui sont très chères : à son père et à une dame à laquelle il a voué un amour respectueux.

a) Le début du traitement
b) La sexualité infantile
« Ma vie sexuelle débuta très tôt. Je me rappelle une scène de ma 4e ou 5e année. Nous avions une très belle gouvernante. Un soir, elle était étendue, légèrement vêtue, sur un divan, en train de lire. Je lui demandai la permission de me glisser sous ses jupes. Depuis j’en gardai une curiosité ardente et torturante.

Et j’eus aussi, à cette époque, l’idée morbide que mes parents connaissaient mes pensées, et, pour l’expliquer, je me figurais que j’avais exprimé mes pensées sans m’entendre parler moi-même. Je vois là le début de ma maladie. Il y avait des personnes, des bonnes, qui me plaisaient beaucoup et que je désirais violemment voir nues. Toutefois, j’avais, en éprouvant ces désirs, un sentiment d’inquiétante étrangeté, comme s’il devait arriver quelque chose si je pensais cela et comme si je devais tout faire pour l’empêcher. (Comme ex, en réponse à ma question, il me cite la crainte que son père ne meure.) « Depuis mon très jeune âge, et durant de longues années, des pensées touchant la mort de mon père me préoccupaient et me rendaient très triste. »

Les phénomènes que notre patient nous décrit, dans la première séance, datant de sa 6e ou 7e année, ne sont pas seulement, comme il le croit, le début de sa maladie, c’est sa maladie même. C’est une NO complète
Il est évident qu’il existe dans l’âme de ce petit sensuel un conflit ; cas, à côté du désir obsédant, se trouve une crainte obsédante, intimement liée à ce désir : toutes les fois qu’il y pense, il est obsédé par l’appréhension qu’il n’arrive quelque chose de terrible : « Si j’ai le désir de voir une femme nue, mon père devra mourir. » > d’où mesures de défense qui se feront jour pour détourner le désastre.
On le voit clairement : cette névrose infantile élémentaire implique déjà son problème et son apparente absurdité, comme toute névrose compliquée de l’adulte.
La NO laisse reconnaître, bien plus clairement que ne le fait l’hystérie, que les facteurs qui constituent une psychonévrose ne se trouvent pas dans la vie sexuelle actuelle, mais dans celle de l’enfance. La vie sexuelle actuelle des obsédés peut sembler tout à fait normale à un investigateur superficiel.

c) La grande appréhension obsédante
C’était au mois d’août, pendant les manœuvres à X… Un jour nous fîmes une petite marche en partant de X… A une halte, je perdis mon lorgnon… Je télégraphiai à mon opticien à Vienne, en lui demandant de m’en envoyer un autre par retour du courrier. A cette halte … un capitaine… cruel… raconta qu’il avait lu la description d’un supplice particulièrement épouvantable pratiqué en Orient [On renverse sur ses fesses un pot plein de rats… qui s’enfoncent dans l’anus]
Surgit en lui à ce moment-là l’idée que le supplice s’appliquait aussi à sa dame et à son père. (son père était pourtant mort depuis des années)

Le lendemain soir, le capitaine en question lui remit un colis contre remboursement et lui dit : « Le lieutenant A… en a acquitté pour toi le montant. Tu dois le lui rendre. » Ce colis contenait le lorgnon. A ce moment, se forma en lui une « sanction » : « Ne pas rendre l’argent, sinon cela arrivera » (c à d le supplice aux rats se réaliserait pour son père et pour la dame). Alors surgit en lui un commandement, une sorte de serment, pour combattre la sanction : « Tu rendras les 3 couronnes 80 au lieutenant A… »
Notre patient fut très déconcerté de ne pouvoir tenir son serment (puisque A lui affirme que le lieutenant B est responsable de la poste) alors il imagina un scénario compliqué qu’il est inutile d’exposé tant il est insensé.

Le patient se consolait en se disant que tout n’était pas encore fini, du moment que A… faisait le lendemain, en même temps que lui, une partie du chemin vers P…, la station de chemin de fer. Il aurait alors le temps de lui demander un service. Mais il n’en fit rien et laissa A… le quitter. Toutefois, il chargea son ordonnance d’aller annoncer à A… sa visite pour l’après-midi
Le village où se trouvait ce dernier était à une distance d’une heure environ en voiture de la ville de P… Le trajet en chemin de fer vers l’endroit où se trouvait le bureau de poste en question devait durer trois heures. Il croyait ainsi pouvoir, une fois son plan compliqué réalisé, revenir à temps à P… et y prendre le train du soir pour Vienne (pour rejoindre un ami).
Indécis il part tout de même pour Vienne avec le désir constant de descendre, de retourner vers P… afin de récupérer A [… il avait l’intention de demander au médecin un certificat comme quoi la façon d’agir avec A… était nécessaire à son rétablissement.] pour faire le trajet de 3 heures vers la poste. Mais il n’en fera rien.
Arrivée à Vienne, l’ami qu’il y rejoint le tranquillisa et le lendemain matin alla avec lui envoyer les 3 couronnes 80 à destination du bureau de poste où était arrivé le colis contenant le lorgnon. Ce qui veut dire qu’il devait savoir et avait même dû savoir avant son départ pour Vienne, que les 3 couronnes 80, il ne les devait à personne d’autre qu’à l’employée de la poste. Un autre capitaine lui avait fait part du véritable état de choses.
Il avait supprimé à lui-même et à moi, dans son récit, l’existence de cet autre capitaine et de la confiante employée de la poste.

d) Introduction à l’intelligence de la cure
Notre patient se reprocha de n’avoir pas assisté à la mort de celui-ci (son père mort d’emphysème). Il ne réalisa pas d’abord, puis un an et demi plus tard fut pris d’un tourment effroyable de sort qu’il se crut un criminel. Freud fait remarquer que l’affect est justifié, le sentiment de culpabilité n’est pas à critiquer, mais il appartient à un autre contenu qu’il s’agit de rechercher.

L’idée lui vint alors qu’elle (une fillette de 7 dont il était amoureux. Il en avait 12) serait plus affectueuse pour lui s’il lui arrivait malheur (la mort de son père).
La pensée relative à la mort de sont père n’apparaissait pas pour la première fois ; son origine devait être plus ancienne.
Une autre idée : « par la mort de mon père, je deviendrais peut-être assez riche pour l’épouser (la dame dont il était épris). »

« Mon père et moi, nous étions les meilleurs amis ; excepté dans quelques rares domaines où père et fils ont l’habitude de s’écarter l’un de l’autre… Je l’aimais beaucoup (la dame), mais je n’avais jamais éprouvé pour elle les désirs sensuels qui me hantaient dans l’enfance. Mes tendance sensuelles étaient dans l’enfance beaucoup plus fortes qu’a l’époque de la puberté. »
Je lui fais remarquer qu’il vient de donner la réponse attendue. La source qui alimentait sa haine était évidemment de l’ordre des « désirs sensuels » ; dans l’assouvissement de ceux-ci, son père lui avait paru gênant.

A la séance suivant, la septième, le patient reprend le même thème. Il ne peut pas croire avoir jamais souhaité pareille chose à son père.
… j’appuyai sur la gâchette. Il (son frère cadet) fut frappé au front et n’eut pas de mal, mais mon intention avait été de lui faire très mal. > Freud prend comme argument ce souvenir pour lui ouvrir les yeux.
Ce chagrin (causé par la mort de son père) a trouvé dans la maladie, son expression pathologique (durée illimitée). 

e) Quelques obsessions et leur explication
La compulsion au suicide, si fréquente chez notre patient…
L’idée lui vient de se trancher la gorge alors que sa dame est chez sa grand-mère souffrante, mais ce désir est en rapport avec le sentiment de culpabilité qui l’anime quant au souhait d’assassiner cette vielle dame qui le prive de sa dame ».

« Après cette expérience (il avait mal interprété l’un des propos de sa dame comme étant destiné à le désavouer), si tu veux éviter des souffrances inutiles, il ne faut plus jamais te méprendre sur le sens de paroles entendues. » => d’où compulsion à comprendre : « Que viens-tu de dire ? »
Le doute, dans sa compulsion à comprendre, signifie qu’il doute de l’amour de son amie. Chez cet amoureux, une lutte entre l’amour et la haine, éprouvés pour la même personne, fait rage ; ce qui explique l’acte suivant : Il enlève la pierre du chemin de son amie mais annule ensuite ce geste d’amour en la remettant à sa place.
De tels actes compulsionnels, à deux temps, dont le premier temps est annulé par le second, sont des phénomènes caractéristiques de la névrose obsessionnelle.

f) La cause occasionnelle de la maladie
… au lieu de faire oublier le traumatisme, le refoulement l’a dépouillé de sa charge affective, de sorte qu’il ne reste dans le souvenir conscient, qu’un contenu représentatif indifférent. C’est pourquoi il arrive assez souvent que des obsédés, souffrant de remords et ayant rattaché leur affects à de faux prétextes, font part en même temps au médecin des vraies causes de leurs remords. > « Je ne pus m’expliquer le contraste entre ses scrupules concernant les billets de banque (un patient fonctionnaire affirmait qu’il se ferait scrupule de donner à qui que ce fût des billes sales. Il les faisait repasser) et son manque de scrupules à abuser des jeunes filles à lui confiées que par un [déplacement] de l’affect du remords. S’il avait laissé le remords rester là où il aurait dû être…

Maintenant la cause occasionnelle de l’homme aux rats
Ce plan de sa famille réveilla en lui un conflit : devait-il rester fidèle à son amie pauvre ou bien suivre les traces de son père et épouser la jeune fille, belle, distinguée et riche, qu’on lui destinait ? Et c’est ce conflit-là, conflit, au fond, entre son amour et la volonté persistante de son père, qu’il tenta de résoudre en tombant malade. (L’AR nie d’abord)

g) Le complexe paternel et la solution de l’obsession aux rats
Son conflit morbide était essentiellement une lutte entre la persistance de la volonté paternelle et ses propres sentiments amoureux. (lutte ancienne remontant à l’enfance).
Il est indéniable que, au domaine de la sensualité, père et fils fussent séparés par quelque chose et qu’à l’évolution précoce du fils, le père eût été un obstacle. Plusieurs années après la mort de son père, lorsque le fils éprouva, pour la première fois, la satisfaction sexuelle du coït, une idée surgit en lui : « Mais c’est magnifique ! pour éprouver cela, on serait capable d’assassiner son père ! ».. D’ailleurs, peu avant sa mort, le père avait nettement pris position contre le sentiment qui, ultérieurement, devaient jouer chez notre patient un rôle prépondérant. Le père s’étant aperçu que le fils cherchait la société de cette dame, lui avait déconseillé.
Chez notre patient la masturbation de la puberté n’avais pas existé, elle réapparut dans sa 21e année, après la mort de son père. (il se sentait honteux à chaque fois).
… Le père pouvait être content de voir son fils travailler, mais mécontent en voyant ses autres actes (Il imaginait que son père pourrait le surprendre à contempler son pénis) Il exprimait ainsi les deux cas de son sentiment à l’endroit de son père (idem pr la pierre sur la route).

 

 

Freud émet l’hypothèse qu’à 6 ans quelque méfait d’ordre sexuel aurait été sévèrement châtié par son père entraînant une rancune et lui faisant jouer le rôle de celui qui trouble et gêne la vie sexuelle de son fils.
Effectivement, lorsqu’il était encore petit, il avait commis quelque méfait que son père avait puni par des coups. Le petit se serait mis dans une rage terrible « Toi lampe ! » Son père ne l’avait plus jamais battu et avait dit : « Ce petit-là deviendra ou bien un grand homme ou bien un grand criminel ». Selon sa mère il avait subi ce châtiment parce qu’il avait « mordu » quelqu’un.
Il lui fallut se convaincre, par la voie douloureuse du transfert, que ses rapports avec son père impliquaient véritablement ces sentiments inconscients. Aussi finit-il bientôt par m’injurier dans ses rêveries et ses associationsil s’éloigna par crainte d’être frappé par moi. Il admit ainsi peu à peu l’existence inconsciente de sa haine pour son père. C’est alors que devint libre l’accès à la solution de l’obsession aux rats.
 

Son père avait, un jour, perdu au jeu une petite somme d’argent dont il avait la garde en tant que sous-officier, somme qu’il n’avait apparemment jamais pu rendre à celui qui l’avait acquitté de cette dette de jeu.
Les paroles du capitaine : « Il faut que tu rendes au lieutenant A… les 3 couronnes 80 », étaient pour le fils comme une allusion à la dette que le père n’avait pas payée.
Il compléta en racontant qu’au même endroit où se trouvait le bureau de poste, la jolie fille de l’aubergiste lui avait fait beaucoup d’avances, de sorte qu’il s’était proposé d’y retourner après la fin des manœuvres et de tenter sa chance auprès d’elle. Or, l’employée de la poste devin alors une concurrente de la fille de l’aubergiste : il pouvait se demander, comme son père dans l’aventure qui aboutit au mariage, à laquelle des deux, après le service militaire, prodiguer ses bonnes grâces. Nous voyons tout à coup que son étrange hésitation entre aller à Vienne ou revenir à l’endroit du bureau de poste, de même que ses continuelles tentations de retourner à A… pendant son voyage, n’étaient pas aussi dépourvues de sens que cela. Pour la pensée consciente, l’attraction de Z…, où se trouvait le bureau de poste, était motivée par le besoin d’y tenir son serment avec l’aide du lieutenant A… En réalité, l’objet de ce désir de retourner à Z… était l’employée de la poste ; et le lieutenant se substituait dans son esprit à celle-ci parce qu’il avait habité le même endroit et s’y était occupé du service postal militaire.

Le châtiment par les rats réveilla, avant tout l’érotisme anal > vers intestinaux dans l’enfance. Les rats acquirent ainsi la signification : argent, rapport qui se manifesta par l’association quote-part-rats. Dans son état obsessionnel quasi délirant, il s’était constitué un véritable étalon monétaire en rats ; « tant de florins – tant de rats ». Son père pouvait également être considéré comme un « rat de jeu ».
… Dans ses associations, surgit la demoiselle aux rats du « Petit Eyolf, d’Ibsen » [histoire certainement dérivée du légendaire preneur de rats de Hameln, qui attire d’abord les rats dans l’eau et qui ensuite séduit par les mêmes moyens les enfants de la ville, lesquels ne reviennent plus jamais. Le Petit Eyolf aussi se jette à l’eau, fasciné par la demoiselle aux rats] , ce qui permit de conclure au fait que, dans de nombreuses phases du délire obsessionnel, les rats avaient signifié aussi des enfants. Souvent il avait ressenti de la pitié pour ces pauvres bêtes. Or, lui-même avait été un petit animal dégoûtant et sale qui, lorsqu’il se mettait en rage, savait mordre et subissait pour cela de terribles punitions. Il pouvait en vérité reconnaître dans le rat « son image toute naturelle ». Le destin lui avait lancé dans le récit du capitaine, un mot auquel son « complexe été sensible, et il n’avait pas manqué d’y réagir par son idée obsédante.
Les rats, d'après son expérience précoce et lourde de conséquences, étaient des enfants… La dame qu’il adorait depuis de longues années et qu’il ne pouvait se décider à épouser étaient condamnée à ne pas avoir d’enfants.
Lorsque le capitaine avait raconté « son histoire de rats » Il s’établit le rapport avec la scène de son enfance où lui-même avait mordu ; le capitaine avait pris la place du père et avait attiré l’animosité éprouvée jadis. : « C’est à toi que l’on devrait faire ça » pensa-t-il
Notre malade savait déjà que ce « supérieur cruel » se trompait, mais le complexe paternel et le souvenir de la scène infantile en question ayant déjà été réveillés, se formula en lui la réponse : « Oui, je rendrai l’argent à A…, quand mon père ou mon aimée auront des enfants ». > Il avait insulté les 2 personnes qui lui étaient le plus chères, ce qui exigeait une punition, et le châtiment consistait en un serment impossible à tenir : « rendre l’argent à A… » > Le père ne peut se tromper ! Il faut rappeler que la libido du malade était sous pression de par une longue continence, et en hésitant si longtemps après les manœuvres, en ne sachant pas s’il devait rentrer à Vienne ou rester et tenir son serment, il exprimait ces deux conflits, qui depuis tjs existaient en lui, en un seul : conflit entre l’obéissance à son père et la fidélité à son amie.

II – Considérations théoriques
a) Quelques caractères généraux des formations obsessionnelles
La définition que j’ai donnée en 1896 des obsessions et d’après laquelle elles seraient « des reproches transformés, resurgissant hors du refoulement, et qui se rapportent toujours à une action sexuelle de l’enfance exécutée avec satisfaction, me paraît aujourd’hui attaquable au point de vue de la forme. Il serait, en réalité, plus correct de parler de « pensée compulsionnelle » et de mettre en relief ce fait que les formations compulsionnelles peuvent avoir la signification des actes psychiques les plus variés : souhaits, tentations, impulsions, réflexions, doutes, ordres et interdictions.
Premièrement on s’aperçoit que les rêves peuvent apporter le véritable texte d’un commandement compulsionnel, deuxièmement, on arrive à la conviction, que plusieurs obsessions se succédant, bien que non identiques n’en constituent qu’une seule.
Les obsessions subissent une déformation semblable à celle que subissent les pensées du rêve avant de devenir le contenu du rêve. Ici pour L’AR il s’agit de la déformation par omission, l’ellipse, technique dont le mot d’esprit sait si bien user. Ex : « Si j’épouse la dame, il arrivera un malheur à mon père » (dans l’au-delà) > traduction : [Si mon père vivait, il serait tout aussi furieux de mon intention d’épouser cette dame que jadis, lors de la scène dans l’enfance, de sorte que je me mettrais de nouveau en rage contre lui, lui souhaiterais du mal, mal qui, grâce à la toute-puissance de mes désirs, se réaliserait].
La technique de déformation elliptique semble être typique de la névrose obsessionnelle.

b) Quelques particularités psychologiques des obsédés, leur attitude envers la réalité, la superstition et la mort.
Il semblait comprendre que ses superstitions dépendaient de sa pensée obsessionnelle, bien que, parfois, il y crût entièrement.
Un autre besoin psychique commun aux obsédés : l’incertitude, le doute. La formation de l’incertitude est une des méthodes dont la névrose se sert pour retirer le malade de la réalité. Les malades cherchent à éviter une certitude et à se maintenir dans le doute.
Notre patient faisait preuve d’une habileté à éviter tout renseignement qui eût pu le porter à prendre une décision dans ses conflits. Il ignorait par exemple si l’opération de sa bien aimée avait porté sur un ovaire ou sur les deux.
L’obsédé se sert de l’incertitude de la mémoire dans la formation de ses symptômes.

Notre patient avait un comportement tout particulier envers la mort. Il prenait une vive part à tous les deuils… Ils ont un besoin de la possibilité de la mort pour résoudre leurs conflits.

c) La vie instinctuelle et l’origine de la compulsion et du doute
Si nous embrassons du regard un certain nombre d’analyses d’obsédés, l’impression s’impose qu’un comportement d’amour et de haine tel que celui de notre malade est l’un des caractères les plus fréquents, les plus prononcés et, pour cela même, l’un des plus importants probablement de la névrose obsessionnelle.
… Ainsi la haine, maintenue par l’amour dans l’inconscient, joue aussi un grand rôle dans la pathogenèse de l’hystérie et de la paranoïa.
… Ainsi se constitue l’empire du doute et de la compulsion, tel qu’il nous apparaît dans la vie psychique des obsédés. Le doute correspond à la perception interne de l’indécision qui s’empare du malade à chaque intention d’agir, par suite de l’inhibition de l’amour par la haine. C’est au font un doute de l’amour, lequel eût dû être subjectivement la chose la plus sûre, doute qui se répand sur tout le reste et se déplace de préférence sur le détail le plus insignifiant.
C’est ce doute-là qui mène, dans les mesures de protection, à l’incertitude et à la répétition continuelle ayant pour but de bannir cette incertitude et à la répétition continuelle ayant pour but de bannir cette incertitude.
On retrouve presque régulièrement dans l’histoire des obsédés l’apparition et le refoulement précoces du voyeurisme et de la curiosité sexuelle… Nous avons déjà mentionné l’importance de la composante sadique dans la genèse de la névrose obsessionnelle. Là où les pulsions de curiosité sexuelle prévalent dans la constitution des obsédés, la rumination mentale devient le symptôme principal de la névrose.
 

REMARQUES PSYCHANALYTIQUES SUR L'AUTOBIOGRAPHIE D'UN CAS DE PARANOÏA
(Dementia paranoides)

(Le Président Schreber)

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